TRIPTYQUE FILMS

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Guillaume MASSART _ 06 31 04 17 24
Thomas JENKOE _ 06 85 89 37 54

Impressions




Mise en scène : Jacques Perconte
2011 - 16/9 - HD

Avec le soutien du CNAP
et du dispotif "Images Différentes" de Haute-Normandie



Sur la côte Normande, les pieds dans l’eau, face aux vagues et aux vents ou sur l’à-pic des falaises, la lumière passe entre les nuages et l’eau en suspension me mouille le visage. 

Je raconte ce qu'il y a là, les impressionnistes qui venaient peindre. Mais l’image du film ne pense pas à être fidèle. Elle s’agite. Le paysage se transforme. Les couleurs s’écrasent sur l’écran. 

Quelque chose se passe à cet endroit...












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Premier article à mentionner le film :



L’artiste français Jacques Perconte initia en 2003 une série de films  numériques qui explorent le paysage, et surtout son image, et qui  accueillera cette année son sixième rejeton, Impressions de,  une référence et révérence aux Impressionnistes  auxquels il a toujours  été incidemment rapporté par la critique.

Comment ne pourrait-il pas l’être? Grâce à un travail méticuleux et  artisanal de compressions multiples, de collages et de superpositions,  Jacques Perconte raconte l’histoire de la pixellisation structurelle et  vibrante qui donne une nouvelle expression formelle à tout changement  simple de la lumière et du vent, qui, entre autres, anime doucement ses  paysages vidéo. Comme les Impressionnistes usaient autrefois de coups de  pinceau morcelés de couleurs non mélangées pour traduire en termes  plastiques la lumière et la chaleur qui ont capté ce paysage d’un  instant, Jacques Perconte utilise les imperfections évidentes ou les  aberrations – on pourrait dire dans une époque qui fait l’éloge d’une  définition de plus en plus déterminée- de ses images qu’il a soumis à  une énorme perte de données. « Un bug n’est pas une erreur pour le  programme, il ne devrait pas en être une pour moi », dit-il.




Une promenade chanceuse est à la source de tous les films de la  série, car l’artiste se déplace souvent avec une caméra à portée de  main, comme les Impressionnistes avec leurs tubes de peinture et  chevalets. Pour Impressions de (2010), Jacques Perconte  recueille actuellement des images en Normandie, suivant un sentier de  pèlerinage qui suit les peintres de la fin du XIXe siècle. Tous les  autres films uaoen (2003), uishet (2007), Pauillac-Margaux  (2008), Le Passage (2009) et Après le feu (2010), ont  été tournés en transit, à partir de la fenêtre d’un train, une voiture,  ou même en navigant en bateaux. Quelle que soit la connexion spéciale  et romantique que Jacques Perconte peut avoir avec la nature qui se  déroule sous ses yeux au moment de l’enregistrement, la narration  numérique derrière le paysage se dévoile de retour à son studio, jour  après jour, compression après compression, aberration après aberration,  couches après couches, jusqu’à ce que l’instinct de l’artiste et sa  sensibilité lui indiquent que l’œuvre est finie. Qu’y a-t-il?





« Les scénarios de mes films sont dictés par la géographie des  paysages, ainsi que l’histoire qui se déroule au cours de leur  perception. D’une certaine façon, ils sont des promenades. Le récit  s’installe dans les transformations dont l’image souffre. D’abord et à  priori naturaliste, cela met l’accent sur le paysage, sa plasticité ; il  devient alors moins objectif, peut-être plus impressionniste. La  lumière dessine, la couleur magnifie, la matière l’emporte, et, enfin,  le paysage devient peu à peu abstrait. Familier d’abord, il devient un  espace expressif et mental. « (Jacques Perconte)





Ainsi, dans chacun de ses films, le récit est l’histoire d’un  changement fantasque et progressif de l’impression initiale du paysage  de l’artiste contemplée par son viseur à son expression numérique sur  l’écran de l’ordinateur par le biais des éclats de pixels colorés et  fourmillants ; de la surface plane et l’apparence d’une image vidéo à la  richesse organique et plastique qui se cache derrière le voile mince de  la haute définition; du Naturalisme à l’Impressionnisme, et même dans  une certaine mesure, le Fauvisme, si nous poursuivions ce jeu de  comparaisons contingentes; de la perception et l’enregistrement original  à l’imaginaire infini, l’image peut donc être transmise à travers les  yeux des spectateurs. « Nous ne distinguons plus l’image du paysage,  nous voyons le paysage de l’image », dit l’artiste.


L’abstraction progressive de l’image en elle-même après  l’introduction de l’exposition systématique à son référent originel et  naturel, un paysage réel qui donna naissance à chaque film de la série,  est en fait ce qui permet à l’image même d’être un espace mental: en  perdant lentement la prise sur la réalité, le film devient un paysage  qui lui est propre et son récit, même si il s’impose magnifiquement,  n’est ni dictatorial, ni conceptuel, ni même trop technique  (contrairement à la production de longue haleine). Il est naturel pour  le spectateur de prolonger les films de Jacques Perconte avec sa propre  mémoire et imagination, car ils ne prétendent pas autre chose que de  bercer notre sensibilité, peut-être notre sens de la beauté. Dans une  certaine mesure, l’expérience est proche de l’écoute de la musique. Flânerie  est peut-être le seul mot d’ordre.




Avec Après le feu (2010), créé lors d’un voyage en Corse  après un incendie de forêt, Jacques Perconte a ouvert une nouvelle  dimension symbolique à ses paysages. Comme nous l’avons compris plus  tôt, les travaux de l’artiste et ses expériences sont en communion avec  les résultats dangereux que les programmes de compression des données  peuvent rendre. Pour son dernier film, tout en recueillant avec soin et  en combinant des bugs ou des aberrations dans ses images, il a réussi à  créer l’illusion d’une profondeur dans son décor qu’il n’existait tout  simplement pas dans le paysage d’origine corse. Sur l’écran, dans une  vallée qui semble suivre le cours du train, à l’arrière de laquelle  l’artiste enregistrait des images, succède progressivement un vide  immense, vertigineux, pixelisé, sous les voies. En d’autres termes, tout  en tournant lentement son attention de l’extérieur à l’intérieur, du  paysage perçu à son expression numérique, l’image réécrit littéralement  et radicalement sa topographie naturelle afin de raconter une histoire  entièrement nouvelle. Pourtant, et pour couronner le tout, du début à la  fin, le film ne cesse jamais complètement de dépeindre la nature en  dépit de tous les pixels aliénants, restés connectés à ce qui était  autrefois la lumière chatoyante qui frappait les feuilles d’un arbre.  Non-sens?




Les tours de magie de Jacques Perconte permirent à l’image de Après  le feu non seulement d’être libéré, détrônant Mère Nature pour le  Grotesque, mais aussi de devenir folle! Au cours du processus, il a  gagné une âme qui est prête à réinterpréter radicalement notre  perception contre nos sens -l’expérience empirique de l’extérieur-, tout  en nous jetant dans son corps variable, infini et inépuisable. Il nous  emmène sur une chevauchée fantastique qui nous  inspire un sentiment  accablant de Sublime. Si la série de paysages de Jacques Perconte peut  être proche de l’esthétique des Impressionnistes, en passant ses  paysages on ne peut plus romantique, pour leur beauté qui reste toujours  « liée à la forme de l’objet », qui est en fait représenté par une  « infinité » (Emmanuel Kant, Critique du jugement, 1790). Jacques  Perconte réussit à concilier la beauté avec le Sublime dans sa Flânerie  numérique contre l’idéal et la compréhension actuelle de la perfection  de haute définition. Loin d’être reçu à nouveau comme froid, conceptuel  et trop technique, ses abstractions numériques vibrent, ressentent et  nous provoquent.






D’après Jacques Perconte, the Digital Image, and the Sublime by  Violaine Boutet de Monvel, Digitalarti  Mag (Paris), no. 2, Avril-Mai-Juin 2010 / traduit par Arjan Kok